Depuis le début de mes premiers projets dans la photographie de modèles masculins, je me suis penché sur la question de savoir comment mettre en scène la photographie de manière à ce qu’elle ne se contente pas de représenter, mais qu’elle raconte des histoires et fasse vivre des ambiances. L’une de mes plus grandes passions est l’utilisation de la lumière noire. Cette lumière particulière a pour moi quelque chose de profondément magique : elle modifie la perception, révèle l’invisible et plonge même des motifs familiers dans une aura totalement nouvelle et mystérieuse. J’ai particulièrement apprécié de pouvoir m’appuyer sur l’expérience de la photographe Barbara Frommann.
Surtout lorsque je travaille avec des modèles masculins, j’aime utiliser la lumière noire pour transformer leur corporéité en quelque chose d’étrange et de fantastique. En studio, je peux expérimenter de manière contrôlée, obscurcir la pièce et travailler de manière ciblée avec des matériaux fluorescents. Des lentilles de contact à réflexion UV sont utilisées, transformant le regard de mes modèles en une lueur sinistre, presque surnaturelle. De tels yeux ne sont pas un simple effet : ils confèrent à l’ensemble du portrait une profondeur presque mythique, comme si le spectateur était entraîné dans une autre dimension.
Mais la lumière noire ne vit pas seulement de petits détails, mais aussi du jeu sur la peau. Un médium fascinant est le bodypainting avec des couleurs UV actives. Lorsque je fais apparaître des motifs sur la peau nue ou partiellement vêtue de mes modèles – tantôt des lignes filigranes, tantôt des ornements de grande surface – on dirait que le corps lui-même devient une sculpture vivante de lumière. Sous une lumière normale, beaucoup de choses restent cachées, mais sous la lumière UV, les formes apparaissent comme des runes, des tatouages ou des signes mystérieux qui racontent un autre monde. C’est particulièrement attrayant, car cela souligne le corps d’une part, mais le déforme et le place dans un contexte artistique d’autre part.
La lumière noire utilisée dans la chapelle Georg

Outre le travail au studio photo Brähler, j’entretiens également une relation particulière avec les lieux historiques – avant tout avec la chapelle Georg du Vieux Cimetière de Bonn. Cette chapelle est un lieu chargé d’histoire, de silence et de dignité sacrale. Lorsque j’utilise la lumière noire dans cet espace, il se crée un contraste qui ne cesse de me fasciner : les vieilles pierres, qui respirent leurs siècles même dans une faible lumière, et les effets modernes et fluorescents sur les corps des modèles. Cette opposition entre l’histoire et la lueur futuriste crée un langage visuel qui a quelque chose d’irréel, presque de sacré – comme si des fantômes des temps passés rencontraient des créatures d’un avenir encore inconnu.
Le travail avec le verre d’uranium, qui devient mystérieusement fluorescent sous la lumière UV, ajoute une autre dimension. Un simple verre que l’on met dans les mains du modèle ou que l’on place en arrière-plan se met à briller comme un artefact d’une époque oubliée. Avec les lentilles de contact UV et le bodypainting, il en résulte une image globale qui n’est plus seulement de la photographie, mais une mise en scène, une narration, voire une pièce de théâtre de lumière.
Ce qui me passionne dans ce travail, c’est sa polyvalence. Dans le studio photo Brähler à Wuppertal, j’ai le contrôle total : je peux jouer avec précision avec les ombres, les angles et les couleurs, varier l’intensité de la lumière noire et construire les effets pièce par pièce. Dans la chapelle, en revanche, je me laisse davantage influencer par l’espace. Là, les ombres sont plus profondes, les contours plus rugueux et la lumière noire se déploie différemment, car elle interagit avec l’architecture. Il en résulte des images qui ne mettent pas seulement en scène des modèles, mais aussi l’aura du lieu lui-même.
La lumière noire transforme les modèles en démons
Pour moi, la lumière noire est un outil de transformation. Elle transforme de jeunes hommes en vampires cool, en démons lubriques ou en loups-garous sanguinaires, les faisant apparaître à la fois forts, vulnérables, sensuels et étranges. Elle invite le spectateur à entreprendre un voyage dans des sphères inconnues.
En fin de compte, il ne s’agit pas pour moi d’utiliser des effets pour le plaisir des effets. Je souhaite plutôt créer avec la lumière noire des atmosphères qui suscitent des émotions – fascination, étonnement, peut-être aussi un peu de malaise. Car c’est précisément dans ce mélange que réside pour moi la force de la photographie : elle ne doit pas seulement plaire, mais aussi interpeller, poser des questions et stimuler l’imagination.
La lumière noire est pour cela mon outil préféré – mystérieux, magique et toujours un peu imprévisible.